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Réflexions sur la pédagogie et le soutien scolaire. Pour une école citoyenne et solidaire.
| All the world's a stage, And all the men and women merely players, They haver their exits and their entrances; And one man in his time plays many parts. W. Sh. |
" Un élève est en difficulté, on le soutient ; quelqu’un a besoin d’appui, on le lui donne " : ce modèle d’action relève du bon sens, tout le monde peut le comprendre sans avoir fait d’études en sciences humaines. On peut donner du soutien une définition très sophistiquée, s’inspirer des théories et des instruments de la psychologie clinique ou de l’intervention pédagogique ; mais ce n’est pas indispensable pour se faire comprendre. Le soutien est une idée simple, dont le principe peut être exposé et compris par n’importe qui, sans recours au jargon psychologique et pédagogique. Dans des salles des maîtres et les administrations scolaires, encore méfiantes à l’égard des sciences de l’éducation et des innovations pédagogiques, le soutien paraissait contrôlable, gérable, assimilable à une logique connue : plus du même ! »
Philippe Perrenoud, 1991, Le soutien pédagogique, une réponse à l'échec scolaire ? FAPSE, Genève (texte entier : ici)
Plus du même, voilà
un des grands écueuils du soutien scolaire. L'illusion selon
laquelle, par exemple, il suffirait de « mieux expliquer »
ce que l'élève est en train d'apprendre, de « faire
ses leçons avec lui » ou « des exercices
supplémentaires » pour que tout s'arrange. Cette
illusion, je l'ai partagée. Avec les parents, le plus souvent
à la recherche de « quelqu'un qui explique bien /
mieux que la maîtresse ».
Mais la
réalité est autre.J'ai eu une seule fois une élève
pour qui le cours « ré-expliqué »
à la maison s'est avéré efficace. Difficulté
très circonscrite (elle avait pas compris « there
is », « there are » = il y a en
anglais), « bonne » explication et fin du
problème. Pour tous les autres, ma démarche initiale
s'est avérée parfaitement vaine, je dois bien
l'admettre. Leur « compréhension »
nouvelle du cours était supercifielle et leur capacité
à appliquer par la suite les notions « expliquées »
proche de zéro. Sans parler que leur sentiment de confiance en
eux relatif à la matière enseignée ne
progressait pas non plus.
Non,
vraiment, « plus du même », ce n'est pas
la solution.
Pour être efficace, le soutien scolaire doit favoriser l'émergence de quelque chose de nouveau, une modification en profondeur du comportement de l'élève si on veut permettre à celui-ci de se « débrouiller » mieux avec la matière qui lui pose des difficultés. Pour acquérir un comportement « efficace » (au sens de la psychologie scientifique, i.e un comportement « par laquel la personne provoque, en elle ou dans l'environnement, des effets qu'elle juge opportuns » (Jacques Van Rillaer, 1992, La gestion de soi, p. 100), c'est sur les trois dimensions du comportement qu'il faut agir :
le niveau des cognitions (savoirs, perception, interprétations, etc)
le niveau des affects (plaisir, souffrance, angoisse, etc.)
les actions (méthode de travail employée, temps de travail effectif, etc.)
Prenons
l'exemple d'une élève qui n'arrive pas à faire
les fiches de géométrie. Pour qu'elle devienne capable
de les faire, il faudra sans doute qu'elle acquière de
nouveaux savoirs (par ex : la définition de ce qu'est une
médiatrice) et savoirs-faire (ex : s'exercer à manier
le compas avec une certaine dextérité).
Il faudra aussi qu'elle change sa manière d'appréhender
ses échecs. Remplacer : pour réussir les fiches de
géométrie, il faut être « bon en
math », par : pour réussir les fiches de géométrie,
il faut maîtriser un vocabulaire spécifique, vocabulaire
qui doit absolument être appris au même titre qu'un voc
d'allemand etc. Nécessaire de changer sa méthode de
travail : avant d'essayer de répondre à la question,
rechercher dans son manuel les termes incompris, se demander quelle
notion le problèm illustre, rattraper l'apprentissage des
termes géométriques censés être sus mais
non appris. Nécessaire de dépasser sa crainte de départ
: ne pas y arriver même en faisant un effort. Nécessaire
de se voir proposer des exercices correspondant à son niveau
actuel pour faire l'expérience de la réussite,
expérience de plaisir indispensable au développement de
la motivation.
Pour être efficace, le soutien scolaire doit donc aller au-delà de la stratégie « plus du même », il doit permettre l'émergence d'un comportement nouveau et efficace en agissant à la fois sur les actions, les cognitons et les affects. « Ré-expliquer » le cours à la maison s'avère parfaitement inefficace car on ne s'attaque pas aux composantes du comportement de l'élève qui perpétuent ses difficultés (par exemple : passivité, non utilisation des ressources disponibles, auto-dépréciation, mauvais maniement du compas).
Il s'agit dès lors pour moi de développer des stratégies personnalisées pour chaque élève qui tienne compte de ces 3 dimensions. Je ne suis qu'au début de ce processus. J'en reparlerai plus tard.
Ces considérations devrait aussi aider les parents à juger de l'efficacité potentielle d'un appui même lorsqu'eux-mêmes ne connaissent pas grand chose à la matière. Ils peuvent demander à l'enfant si « le prof » a parlé avec lui du pourquoi de son échec, s'il a créé lui-même des exercices, si il sait quel est l'objectif de la leçon suivante que le prof donnera, si il a demandé à voir tous le matériel ou non. Si le prof s'est contenté pendant plusieurs leçons « d'expliquer l'exercice », mieux vaut demander de l'aide à une personne plus compétente.