1ère hypothèse :
La matière enseignée est mieux retenue/comprise si la didactique proposée correspond à la manière dont le cerveau traite naturellement l'information.
(Traduction/argumentation :
Notre perception/compréhension des choses n'est pas immédiate. Notre cerveau doit "interpréter" toutes les stimulations perçues. Par exemple : "je frissonne", donne "il fait froid" puis "je vais aller mettre ma jacquette". La sensation de froid est ici "l'information" et le processus qui va de la sensation de froid à "je vais aller mettre ma jacquette" est appelé "traitement de l'information par le cerveau" en psychologie. Bien sûr, chacun traite différemment l'information, mais il y a cependant des choses qui sont communes à tous. Par exemple, il est plus facile de mémoriser un schéma simple qu'un texte, etc. La psychologie scientifique étudie ces processus communs ainsi que les différences interindividuelles ou d'origine culturelle. Pour en savoir plus, lire par exemple ici.
Je formule donc l'hypothèse, - en me doutant bien que je ne suis pas la première ! - que si la manière d'enseigner correspond à la manière dont le cerveau organise le plus souvent l'information, alors l'élève apprend mieux et plus facilement.)
Il en résulte les deux sous-hypothèses suivantes :
- ce que j'ai raconté sur les exposés efficaces peut être recyclé pour mieux apprendre l'histoire et la géo. (Vous le trouvez là).
- en histoire /géo, le recours au schème de "résolution de problème" est sans doute souvent pertinent.
Un schème, c'est-à-dire ?
La notion de schème est issue de la psychologie cognitive. La citation ci-dessous en donne une bonne définition :
La psychologie piagétienne nous invite à considérer l’action comme sous-tendue par des schèmes qui lui préexistent et lui survivent, et garantissent une certaine continuité des structures générales de notre fonctionnement par-delà la diversité des situations auxquelles nous sommes confrontés. Une partie croissante de nos actions, lorsque nous devenons adultes, se bornent à consolider des schèmes acquis sans les mettre en cause, parce qu’au gré de l’expérience ils sont devenus relativement efficaces dans des situations stéréotypées. Durant l’enfance et l’adolescence, ou lorsque nous sommes placés dans des situations nouvelles, l’apprentissage devient indispensable : les schèmes dont nous disposons ne sont pas suffisants pour faire face à des environnements et à des problèmes inédits, il ne nous suffit plus de procéder à des ajustements mineurs à partir d’une trame déjà disponible, c’est la trame elle-même qui doit se complexifier, se différencier, évoluer. Là réside l’apprentissage, dans la transformation, la différenciation, la coordination des schèmes existants.J'ai trouvé ça là, c'est un texte de Gather Thurler et Perrenoud, 1991).
une bonne définition que certains auront peut-être besoin que je traduise en langage courant :
Quand le cerveau traite de l'information, il ne réinvente pas la roue à chaque fois. Par exemple, quand vous rencontrez une personne nouvelle, vous ne vous creusez pas la tête 10'000 heures pour savoir comment vous comportez. Vous vous souvenez de ce que votre maman vous a appris et vous lui dites "bonjour", et aussi de ce que vous avez appris plus tard et vous dites un truc du genre " Je suis Isabelle, la copine de Marc, et vous/toi ? " Face à une nouvelle personne, vous utilisez à chaque fois un "schème", une sorte de scénario que vous connaissez à l'avance et qui fonctionne tout le temps et qui permet à votre cerveau de se préoccuper d'autre chose parce que si devant chaque nouvelle personne, vous deviez hésiter entre dire "bonjour", "je suis extrêmement honoré de votre présence ici" et "c'est génial !", ce serait épuisant. Donc, dans toutes les situations usuelles (appelées ici "stéréotypées"), vous dites "bonjour" sans trop réfléchir et quand ça se complique, comme par exemple l'arrivée inopinée du Père Noël dans votre salon, alors là vous vous écarteriez du schème "nouvelle personne" et vous pourriez par exemple dire "c'est génial !".
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La résolution de problème, c'est quoi ?
Ici, je fais référence à la "résolution de problème" dans le contexte de la psychologie cognitive. Ce domaine d'étude fait l'objet de très nombreuses recherches et publications. Il s'agit généralement de décrire des procédures de résolution de problème .
En parlant de "schème de résolution de problème" appliqué à l'histoire/géo, je veux dire que les élèves, dans leur vie de tous les jours, ont une idée de la manière dont il faut résoudre un problème (quel qu'il soit). Confronté à un problème, ils ont recours à un "schème", un scénarion de "comment je me sors de ce pétrin". Ma proposition est de leur permettre d'avoir recours à ce schème pour structurer la matière en histoire/géo. En bref, leur présenter la matière avec 3 questions essentielles :
- C'était quoi son/leur problème ? (en géo : c'est quoi leur problème)
- Qu'est qu'il/elle ils/elles ont entrepris pour le résoudre ?
- Est-ce que ça a marché ? (en géo : est-ce que ça marche ?).
L'idée sous-jacente étant que ces 3 questions font partie de leur propre schème usuel de résolution de problème et qu'ils auront plus de facilité à réfléchir en histoire/géo si la matière est structurée de cette manière "naturelle".
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2ème hypothèse
Je me demande dans quelle mesure c'est pas la compréhension/mémorisation qui foire, mais plutôt le niveau de français.
D'où ma seconde hypothèse de travail :
- la remédiation en histoire/géo est plus efficace si elle tient compte de l'illétrisme d'un certain nombre d'élèves.
J'ai longtemps raisonné en terme de compris/pas compris, révisé/pas révisé, mais je suis amenée à réviser cette position. Certains élèves loupent totalement une évaluation en histoire/géo alors qu'on croyait qu'ils étaient fin prêts à la passer.
Comment contourner l'obstacle dressé par l'illétrisme ?
- prêter une attention particulière au manuel dans lequel étudie le/la jeune ; si nécessaire et si c'est possible, recopier avec lui/elle ce qu'il a à apprendre ;
Dans un souci très respectable de rendre attractif la matière présentée, les pages des manuels d'histoire/géo sont souvent constitués d'illustrations, de fac similé de documents d'époque, d'encadrés etc. etc.
Pour avoir des personnes illetrées dans mon entourage proche, j'ai constaté qu'elles ont beaucoup plus de difficulté à lire tout ce qui est "discontinu" et à retrouver de l'information qui est "éparpillée". Cela ne veut pas dire que les manuels sont mauvais, mais il vaut sans doute la peine, pour les élèves en grande difficulté de lecture, de passer ensemble en revue les différents éléments de la page en réfléchissant par oral à quel statut leur attribuer.
Je me suis rendue compte tardivement à quel point, pour une personne illetrée, une interruption dans la lecture constitue un problème. Si elle a levé les yeux du texte, elle se met à chercher longuement là où elle s'était interrompue. C'est donc aussi une interruption dans sa concentration. Tout ce passe comme si elle devait refaire la quasi intégralité du travail cognitif qu'elle avait entamé.
- avoir recours aux questions à choix multiple (QCM) pour tester les connaissances
Les QCM n'ont rien de simple ou de simplificateur. On ne réussit pas "par chance" aux QCM. En revanche, ils ont l'avantage que la personne illetrée n'est pas obligée de mettre en mot sa pensée. Parce que l'illétrisme, ce n'est pas seulement un problème de lecture, c'est aussi, et c'est beaucoup, un problème pour produire soit même un texte écrit.
Un test d'histoire/géo en QCM, c'est la possibilité d'offrir à des personnes illetrées une chance réelle de réussite. Or qui dit réussite dit motivation et estime de soi renforcée et appétence à apprendre..l'histoire/géo et lire et écrire d'autre part.
3 ou 4 questions en QCM parmi des questions en format "usuel" permet également à un(e) enseignant(e) de détecter rapidement si il existe un problème d'illétrisme dans sa classe. Si c'est le cas, on devrait obtenir significativement plus de réussite aux questions QCM qu'aux autres.
- exercer en classe la production de texte écrit relatif à l'histoire/géo.
Tant il est vrai que c'est en forgeant qu'on devient forgeron...
Mise en pratique
Le schème de résolution de problème permet d'aborder un même sujet sous une multitude d'angles différents. Il permet de s'en tenir à une version simple ou d'aborder toute la complexité d'un sujet.
Prenons par exemple un sujet classique de l'histoire suisse : la réalisation du pont du Diable en 1595, dans le Gothard. et d'une route pavée sûre permettant au muletier de relier la Suisse à l'Italie sans trop de péril.


- IDENTIFICATION DU PROBLEME
C'était quoi son/leur problème ? (en géo : c'est quoi leur problème)
Quel est le problème – Définition d'axe de priorité – Poids relatif des différents problèmes en présence – Possibilité ou non d'agir sur tel ou tel problème – qui définit le problème (éventuel conflit des acteurs sur ce point)
- Qu'est-ce que l'enclavement ?
- Est-ce que c'est un gros problème ?
- Est-ce que l'enclavement est un problème qui est toujours d'actualité pour certains pays/certaines régions ?
- Est-ce que c'est un problème pour toute la population suisse?
- Est-ce que c'était le problème principal où est-ce qu'il y en avait d'autres ?
- Par rapport à d'autres pays, est-ce que la Suisse était dans une situation plus défavorable en matière de voie de communication ?
- L'axe Suisse/Italie était-il important d'un point de vue économique ? Plus important que d'autres ?Quel était l'avantage espéré d'une intensification des échanges avec l'Italie?
- Est-ce que les commerçants étaient souvent victimes d'attaques de brigands lors du passage du Gothard ?
- Sans route pavée, était-il néanmoins possible de franchir le col du Gothard ?

- MOYENS MIS EN OEUVRE
Qu'est qu'il/elle ils/elles ont entrepris pour le résoudre ?
Moyens techniques – moyens financiers (côut, sources de financement) – moyens humains (travail.(spécifier le type); au pire des cas : nombre d'accidentés/de vies humaines perdues)
Réflexions sur l'efficacité de la stratégie mise en oeuvre – comparaison avec d'autres résolutions de problèmes semblables (à l'époque et actuellement)
Eventuelles conséquences (prévues ?) négatives de la solution appliquée.
- A l'époque, quels étaient les moyens employés pour construire une route ?
- Pourquoi le chemin était-il pavé et non bitumé ?
- Par rapport à un chemin en terre, quel est l'avantage des pavés ?
- Comment ont-ils fait pour construire le pont du diable ?
- Pourquoi ont-ils construit une route et pas un tunnel ?
- Pour désenclaver la Confédération, auraient-ils pu imaginer d'autres solutions ?
- A votre avis, pour construire 1 km de route pavée dans le Gothard, combien de temps /d'ouvriers fallait-il ?
- Est-ce que c'était dangereux, de travailler sur ce type de chantier ? Y avait-il beaucoup d'accidents de travail ? Y avaiit-il des moyens mis en oeuvre pour les éviter ?
- Est-ce que c'était plus dangereux qu'actuellement ?
- Qui a payé pour ces constructions ? Impôt ? Donation de notables ? Prêt auprès de banques ? Travail forcé ? Autre source de financement ?
- Le fait qu'ils aient eu les moyens de mettre en oeuvre ce type de construction, qu'est-ce que cela nous dit de leur situation économique antérieure à cette construction ?

- RESULTAT
Est-ce que ça a marché ? (en géo : est-ce que ça marche ?).
Le problème est-il résolu ? Totalement ? En partie ? Selon le point de vue de qui ?
La solution a-t-elle été efficace ? Sa mise en oeuvre a-t-elle été complète ? Si non, en raison de quelles obstacles ?
Eventuelles conséquences (prévues ?) négatives de la solution appliquée.
- Quelles sont les personnes qui ont utilisé cette voie pavée ? Des touristes ? Des commerçants ? Des soldats ? Des pélerins ?
- Il fallait payer pour passer le Gothard. Est-ce que ça a enrichi la Confédération ? Les muletiers ?
- Est-ce que ça a enrichi la Confédération dans son ensemble ou plus particulièrement certains cantons ou certaines villes ?
- Est-ce qu'il y a eu un bon retour sur investissement ?
- Est-ce qu'il y a eu une intensification des échanges commerciaux ?
- Quel type de marchandise transitait majoritairement par le Gothard ?
- Est-ce qu'il avait également des désavantages liés à l'existence de cette voie pavée ? Ces désavantages avaient-ils été prévus ?
200 + 100 = ? 300
300 + 100 = ? 400
On continue : 400, 500, 600, 700, 800, 900.
Puis 900 + 100 = ? 1'000 et
1'000 + 100 ? 2'000 (sic)
et 2'000 + 100 ? 3000 (resic!)
Oups ! Que voilà une belle salade mathématique ! Des élèves en grande difficulté scolaire me l'ont servie, des élèves plus jeunes aussi.
Pour se dépêtrer, je propose de travailler de la manière suivante :
1ère étape :
on présente à l'enfant des réglettes (ou dessins) de tailles différentes, chaque réglette correspond à une unité différente,
1'000
100
10
et l'enfant doit construire un chiffre à partir de ce matériel. Par exemple :

Ici, on a donc le chiffre 1'230.
2ème étape :
On construit soit-même de cette manière un chiffre, puis on enlève un de ces éléments (ou en un rajoute) et on lui demande à quoi correspond cette manipulation.
Dans notre exemple, enlever un rectangle rouge équivaut à soustraire 1'00, ajouter un rectangle violet équivaut à ajouter 100, .etc, etc.
Selon les cas, cela vaut la peine de faire écrire à l'élève le calcul ainsi réalisé.
3ème étape : on donne à l'élève des calculs à faire en lui disant qu'il/elle peut s'aider des réglettes si il/elle veut.
Personnellement, j'ai obtenu de bons résultats avec cette manière de procéder. Dans un premier temps, je privilégie toujours l'oral parce que l'oral ne laisse pas de trace . Avec des réponses données par oral, l'élève n'a pas sous les yeux l'ensemble de ses erreurs. Du coup, ses erreurs ne sont pas surlignées. Ça favorise l'émergence d'une sorte de « conversation scientifique », où les erreurs ne sont qu'une étape vers la résolution du problème.
Si l'élève reste malgré tout focalisé sur ses difficultés, je me replie sur ma stratégie passe-partout : je lui demande de manipuler lui/elle les réglettes et c'est moi qui «traduit ». Ce faisant, je verbalise ce que je fais. Ex : "ah, tu as enlevé deux carré rouge et un rectangle violet, bon, il faut que je sépare bien les centaines et les milliers..bon.les carrés rouges, c'est les milliers, alors là, c'est 2'000 et puis les rectangles violets, c'est les centaines..comme tu en as enlevé un, alors ça fait 100, ..bon alors alors...en tout tu as enlevé 1'200." Je commence par donner uniquement des réponses justes. Selon le niveau de compréhension ou non de l'élève, je peux aussi donner des réponses fausses et je dis par ex : « Si je disais que tu disais que ça fait tant, est-ce que tu serais d'accord ? Oui, pourquoi ? »
NB : Les réglettes, je les ai achetées dans un magasin de jouet. A la base, elles sont prévues pour étudier plutôt les fractions. Le système des réglettes est vieux. Ma grand-mère, qui avait été institutrice pour l'école enfantine, en avait tout un tas, dans de très belles couleurs et em 3 D. On s'en servait pour construire des tours.