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repetitriceRéflexions sur la pédagogie et le soutien scolaire. Pour une école citoyenne et solidaire.

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W. Sh.

Copinage

C'est la faute de moi

Par repetitrice :: vendredi 10 septembre 2004 à 2:01 :: this and that

Une petite fille de 7(-8 ?) grand regard malheureux dans un reportage sur l'école : " je suis la seule de la classe qui sait pas lire !", elle explique au journaliste. Et elle n'a pas d'amis : "moi, j'aimerais bien, avoir des amis, les autres ils jouent à la récré, moi je suis toute seule, c'est parce que je ne sais pas lire, tous les autres, ils savent, ils apprennent".

(Pas sûre que son raisonnement soit si enfantin, à cette enfant. Je me souviens qu'enfants, on laissait complètement de côtés ceux qu'on trouvait nuls, et être mauvais à l'école était une des grandes causes qui pouvaient vous arrimer à cette catégorie. J'étais bonne élève, mes amis aussi. Je me souviens à quel point je me sentais supérieure aux "mauvais en classe". J'étais une petite fille tout à fait banale, je suivais toujours l'avis de la maîtresse. Comprendre que les "mauvais en classe" n'étaient pas "nuls", je l'ai compris vers les 14 ans. Qu'ils n'étaient pas sous-doués intellectuellement, je l'ai véritablement compris qu'à 24-26 ans.)

La petite fille donc. Et le journaliste lui demande à qui c'est la faute, qu'elle arrive pas à lire et pourquoi elle arrive pas à lire ? Elle répond sans hésiter, "c'est la faute de moi" et "je n'arrive pas à me concentrer". Or ce journaliste, lui, n'est pas banal (je crois qu'il s'agit d'un psychiatre célèbre qui avait fait une série "l'amour en France", mais je ne suis pas sûre. Quoiqu'il en soit) il lui demande de préciser ce qui se passe quand elle n'arrive pas à se concentrer. D'abord, la petite fille dit qu'elle ne sait pas, elle n'arrive pas à se concentrer c'est tout. Mais lui persévère. Elle dit ces choses étonnantes : "j'essaie de me concentrer, puis j'ai très mal à la tête, j'ai mal au ventre aussi, j'ai envie de vomir". Bref, des symptômes typiques de l'anxiété ou d'un mal-être psychique. Cette petite fille vit un gros problème, elle est angoissée et ça se traduit par une série de symptômes physiques et mentaux (comme la difficulté à diriger son attention). C'est l'hypothèse la plus probable.
Et la petite fille, jour après jour, elle décroche. L'écart entre elle et les autres enfants est de plus en plus grand. La preuve, ils ont réussi à apprendre à lire et elle est la seule à ne pas y être arrivée. Elle est filmée en classe et c'est évident qu'elle est encore loin de savoir lire. Quant eux ont fait l'effort de faire les exercices pour apprendre à lire, elle, elle a tenté de faire les exercices + essayé de diriger son attention qui part dans tous les sens, + a passé du temps à se demander si il fallait qu'elle demande à la maîtresse si elle pouvait aller aux toilettes pour vomir ou si sa nausée allait passer et que non,ça ne vaut pas la peine de déranger la maîtresse + + + +

La petite fille, elle décroche et elle est toute triste. Mais personne ne lui a demandé si elle avait un problème et lequel au juste. Personne ne lui a dit que c'était normal des fois que les problèmes, ça nous empêche d'apprendre. On ne lui a rien expliqué du tout et on ne lui a pas dit qu'elle était tout aussi capable que les autres, mais que les autres, ils avaient tout leur cerveau de libre pour apprendre à lire, tandis qu'elle, elle devait apprendre à lire, mais qu'elle avait encore beaucoup de choses à faire d'autres en même temps avec son cerveau (comme s'occuper de son mal de tête) et que finalement, ça faisait trop, trop pour une aussi petite fille et peut-être même que ce serait trop pour un adulte.

Le journaliste pas banal, il interroge l'institutrice de cette enfant. Oui, elle a remarqué que cette fille ne sait pas lire. Mais que cette enfant est en train de décrocher, ça non, elle n'est pas d'accord pour le dire. "Elle n'est pas encore entrée dans l'apprentissage scolaire", voilà ce qu'elle pense, l'institutrice. C'est vrai, que la fille, elle n'est "pas entrée" dans l'apprentissage de la lecture, mais là où sa devient mauvais, c'est que l'institutrice ne pense pas que c'est à l'école de tout faire pour l'y faire entrer, cette petite fille. Elle n'est pas révoltée que des enfants n'arrivent pas à apprendre à lire parce qu'ils ont déjà tellement d'autres problèmes que celui-là leur apparaît comme secondaire et leur cerveau se met en stand-by pendant les cours pour mieux gérer ces autres problèmes prioritaires. En tout cas, elle ne dit pas qu'elle est révoltée. Elle ne dit pas non plus qu'elle sait qu'il y a des enfants avec une tête trop encombrée de soucis d'adultes. Elle ne dit rien de ça et je crois que pour elle, que la petite fille apprenne à lire ou non, ça dépend de si la petite fille décide ou non "d'entrer dans l'apprentissage scolaire". Elle croit sûrement ça, parce que les institutrices, elles ont un gros impact sur leurs élèves et la petite fille, elle était tellement sûre que si elle ne savait pas lire c'était "la faute de moi". D'où ça lui serait venu, sinon, cette idée ?

Cette histoire est vraie. Je l'ai vu ce mardi sur Arte, en 1ere partie de soirée. OUI, vous devriez regarder Arte plus souvent, surtout le mardi. Non, c'est pas une chaîne que pour intello, et quand bien même c'était une chaîne pour intello, vous allez vous privez d'émissions top méga qualité pour un simple préjugé ?


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Commentaires

Le dimanche 19 novembre 2006 à 15:09, par Mariesg
Je vois que ce billet est très ancien, mais je le découvre juste et il me touche énormément.
Je suis moi-même instit. Et des enfants comme la petite fille que vous décrivez, on en voit plein dans notre banlieue. A chaque fois, j'ai un mal de chien quand j'essaye d'imaginer ce qui peut passer dans la tête de ces enfants qui ne sont plus vraiment des enfants, qui ont des soucis d'adultes et qu'on ne sait pas comment aider.
Alors on est quelques uns à essayer de comprendre, à essayer de parler avec les parents, à essayer de leur proposer un accompagnement psychologique, à essayer surtout de ne pas stigmatiser ces enfants en échec scolaire.
Mais il y a aussi des profs qui les regardent de travers, qui disent que ces enfants n'ont pas leur place à l'école et devraient plutôt être internés. Il y en a qui baissent les bras et qui disent "avec les parents qu'il a, c'est normal, qu'est-ce qu'on peut faire ?". Il y en a qui pensent que ça n'est pas notre travail d'aider ces élèves et aussi de tout faire pour qu'ils trouvent un espace de paix et de joie à l'école - qu'au moins ils aient un endroit où les problèmes disparaissent...
Oui, c'est difficile de s'occuper de ces enfants. Mais pour moi, rien n'est aussi triste qu'un enfant qui n'a pas d'enfance véritable.
Alors il faut qu'on se batte pour eux. Et tant pis pour ceux que ça dérange et que ça remet en cause.
Merci de parler de ça dans votre blog, c'est vraiment important, et trop de gens ne mesurent pas l'impact de la souffrance sur les apprentissages. Ce que vous faites est vraiment chouette. Continuez !
Le vendredi 15 décembre 2006 à 2:03, par repetitrice
Vous trouverez une réponse au commentaire de Mariesg sur le post :
c'est la faute de moi (bis) publié de 15 décembre 2006.

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