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Réflexions sur la pédagogie et le soutien scolaire. Pour une école citoyenne et solidaire.
| All the world's a stage, And all the men and women merely players, They haver their exits and their entrances; And one man in his time plays many parts. W. Sh. |
J'imagine que dans leur formation pédagogique, on rend attentif les profs à ces spécificités des adolescents. Je ne sais pas comment on leur propose de contourner l'obstacle. (Si j'ose un conseil : au minimum ne jamais se lancer dans les corrections le jour même.) Bref, j'espère qu'ils ont des outils à leur disposition pour ce faire. Mais voilà, il semble que certains aient un peu oublié leur formation. Et ils se lancent, le jour même et au tableau, dans les "corrections" du travail écrit. C'est-à-dire qu'ils donnent les réponses "justes" et s'il y a lieu, exposent les étapes intermédiaires qui permettaient de trouver cette réponse. Et leurs élèves prennent leur plus belle plume et recopient les solutions des problèmes de maths, des questions de géo, etc. Je suis toujours frappée à quel point les corrections sont jolies, propres, nettes, etc.
Pas sûr que cela soit le reflet d'une compréhension réelle, cepandant.Au mieux, tout devient soudainement limpide pour les élèves qui se disent "mais c'était beaucoup plus simple que ce que je croyais" et "mais que n'y avais-je pas pensé !". Au pire, ils n'osent plus penser ou voient leurs craintes confirmées "c'est vraiment dur". Et quand ça se répète souvent et que leurs parents ont les moyens, ils se paient "un appui" dans la branche en question.
Et que fait le répétiteur ? Il/elle dit "on va revoir ça tranquillement". On pourrait croire le problème réglé, rapport à la "discrétion douillette" mentionnée plus haut. Le répétiteur n'est pas payé pour juger, mais pour aider. Pas de honte à avoir, donc, de ses erreurs. C'est l'occasion en or d'appliquer cette devise si chère aux pédagogues :"apprendre de ses erreurs".
Mais en fait, non. Les "appuyés", généralement, n'apprennent pas vraiment de leurs erreurs. Parce que le répétiteur, le plus souvent, ne fait que refaire ce que le prof a fait : il "explique" les solutions de l'évaluation. La différence avec la classe, c'est que 1) l'élève est un peu revenu du choc et plus disposé à entrer dans un apprentissage (QUOIQUE, rien n'est moins sûre, à mon humble expérience) et ose manifester (quoique, re-mon humble expérience) quand il ne comprend pas et 2) le prof à domicile se concentre plus sur les solutions des problèmes que l'élève à mal résolu et cherche sincèrement à lui faire comprendre comment faire juste. Bref, de part et d'autre, on est plein de bonne volonté et on fait des efforts. Mais force est de constater que c'est généralement sans résultat notable. Au prochain test, re- mauvaise note/évaluation, re-explication etc.
Oui, mais voilà, le hic, c'est qu'on s'en fout, des bonnes réponses. Du détail, qu'il fallait faire 1/2 x 3/4 puis... ou 12-2 et puis divisé le résultat par 2 etc. etc. Savoir résoudre le problème, ça nous sert plus ou moins à que dalle. Parce que c'est du passé (balayé, oublié, je me fous du passé
). Ce problème-là, cette question-là, elle ne reviendra plus jamais. Pas sous cette forme exacte, en tout cas. Ce qui importe, c'est de pouvoir répondre à l'avenir à des questions/trouver des solutions à des problèmes SEMBLABLES. Et pour se faire, il est absolument nécessaire que les corrections portent non sur les "bonnes réponses" mais sur les stratégies à appliquer, quand et pourquoi. Nécessaire d'essayer de comprendre quelle stratégie ils ont appliquée, suivant quelle logique et pourquoi cette stratégie n'était pas adaptée (ou adaptée mais avec une faute de calcul malencontreuse, par ex).
exemple (tiré d'un matériel scolaire réel) : Dans une famille de cinq enfants, il est prévu 12 branches de repas pour le goûter. Que reçoit chaque enfant ?
Correction "classique" : 12/5 =2,4 ; chaque enfant reçoit 2,4 branche de chocolat (ou 12/7 si les parents sont gourmands et reçoivent eux aussi leur part de chocolat)
Correction "stratégique" : "on est dans une situation où il faut partager quelque chose, n'est-ce pas ? Et comment il faut le partager ? - "chaque enfant reçoit la même chose" - "On est donc dans une situation de partage où chacun reçoit la même chose. Est-ce que tu connais une opération mathématique qui permet de faire un partage en parts équivalentes ?". On amène ensuite l'élève à se rendre compte qu'il s'agit de la division. La correction est alors : partage en parts égales : on utilise la division.
Au lieu de corriger exercice par exercice, on corrige "stratégie par stratégie". C'est-à-dire qu'on pose des questions du style : "donc là, il s'agissait de faire un partage en parts égales et pour ce faire on applique la division. Est-ce que dans le test il y avait d'autres exercices où il fallait aussi partager en parts égales ?" ou bien "et qu'est-ce qui se passe si on fait un partage inégal ? Est-ce que là-aussi ça a un sens d'utiliser la division ?" etc. etc.
On prend soin d'inclure dans la discussion une discussion sur les stratégies employées par l'élève. En effet :
CORRIGER
1 Rectifier, améliorer conformément à une règle, à des règles. Il se dit en parlant des Personnes et des choses.
exemples : corriger les fautes, les défauts d’un ouvrage.
Il signifie encore Réprimander, châtier, punir en vue d’améliorer le caractère, les habitudes.
- Le père corrige ses enfants.
- Il a besoin d’être corrigé.
- corriger un chien. 2.
à méditer
Si l'homme sensé se corrige aux dépens d'autrui et le sot à ses propres dépens, que dire de celui qui ne se corrige pas alors même qu'il a reçu de gros coups sur la tête ?