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Réflexions sur la pédagogie et le soutien scolaire. Pour une école citoyenne et solidaire.
| All the world's a stage, And all the men and women merely players, They haver their exits and their entrances; And one man in his time plays many parts. W. Sh. |
Il
m'arrive d'échouer à aider. Sans lien évident avec l'ampleur des
difficultés scolaires des enfants/ados. Les cours donnés se révèlent
sans efficacité, un peu comme s'ils n'avaient jamais eu lieu. Ma
pédagogie est en cause, bien sûr, mais pas seulement. Autre méthode,
autre résultat. C'est d'ailleurs pour ça que je cherche à diversifier
au maximum les angles d'approche. N'empêche.
Pour certains, j'ai l'impression que le soutien scolaire arrive trop tard – il y a des couches et des couches « d'échecs » non digérés – et pas dans le bon contexte.
Eviter que l'échec n'entraîne la gangrène, c'est le soigner tout de
suite et sur le terrain de bataille, c'est à dire au sein même de
l'institution scolaire. Je suis hors champs et j'arrive souvent tardivement.
Je pourrai dire tout ce que je veux, ma parole n'a pas le même poids
que celle d'un ou d'une prof. Si lui ou elle a balancé que
« l'allemand, c'est que pour les meilleurs ; les autres, vous
feriez mieux de choisir une autre option », « il/elle a tout
pour réussir, mais il/elle fait pas d'efforts » et autres
joyeusetés, mon message plus rationnel (analysons le problème dans
toutes ses dimensions et élaborons ensuite une stratégie adaptée) a
toutes les peines du monde à passer.
J'ai horreur de ces sentences-cache-misère pédagogique, cache-misère sociale. Ma contre-attaque consiste à écouter l'élève, à lui demander « comment ça va avec le/la prof ». Quand ça va mal, c'est après quelques mois que l'élève me confie ces « sentences-échecs » qui mettent à nu un rapport de domination violent. Je tente de le rendre compréhensible : « quand vous êtes tous ensemble à le/la contester, il/elle a peut-être peur de perdre le contrôle et c'est pour ça qu'il vous balance des trucs moches », « il a peut-être parlé sous l'effet de la colère », « elle était peut-être aussi déçue que vous », etc. Résultat : moyen. Les ados que je rencontre ont de la peine à se décentrer. Même s'ils traitent leur prof de « con/conne », il lui accordent un grand crédit. Leurs paroles les affectent, ils sont persuadés que leur prof dit « vrai ». Ils traitent les messages de leurs profs à leur encontre en tant que tel et non comme insérés dans une situation de communication. Comme si on regardait une pub et qu'on traitait l'information de son message en oubliant qu'il s'agissait d'une pub. Contre-attaque n° 1 : écouter l'élève et son vécu en classe. Résultat : plus que moyen.
Contre-attaque n°2 : parler avec les parents,
les convaincre de l'intérêt qu'il y a à élaborer une stratégie
pédagogique en fonction des difficultés de leur enfant. Leur rendre
compte régulièrement et devant l'enfant de comment se déroule l'appui
et de ce que j'arrive à faire évoluer – ou pas – et à quel rythme.
Servir de traductrice entre l'institution scolaire et eux
(« Objectifs du CYP1 NA » - « ça veut dire que ça va pas
bien, il y a vraiment un problème » etc. etc. ). Résultat : un peu
mieux, notamment parce que les parents sont bien plus capables de
remettre en cause l'institution scolaire que leurs enfants. Sauf que
souvent, leur discours n'est qu'une bravade, un barroud d'honneur. Ils
ont été atteints, eux aussi, par tous ces échecs, bien trop souvent
présentés comme résultant d'une déficience de l'enfant au niveau de sa
personnalité.Ils y croient qu'à moitié, à leurs propres discours.
Moi ? Ils veulent bien me croire, ça les rassure, quelqu'un qui a l'air
de s'intéresser autant que ça à leur enfant.Quand je dis la même chose
que prof actuel de l'enfant, alors ils sont prêts à me croire et à
croire davantage qu'avant à ce que dit ce dernier.Il y a alors de
bonnes chances pour que « l'échec » puisse être transformé en
feed-back précis et digérable, à ce que l'échec « guérisse ».
Quand ce n'est pas le cas, quand le prof et moi ne sommes pas du même
avis, 0-1 pour le prof ou au mieux un doute, une incertitude. Or les
enfants et les adolescents se forgent leur conviction sur leurs
capacités à apprendre sur les profs ET sur les parents. Impossible,
alors, peut-être, d'aller à contre-courant.
Contre-attaque n° 3 : me rapprocher du terrain de bataille : i.e entrer en contact avec les profs. Mes expériences les plus positives en terme d'efficacité.Je crois que ce qu'ils apprécient, c'est que je leur explique que mon but n'est pas de les remplacer, de faire à la maison ce qui se fait à l'école, mais de « permettre à l'enfant de mieux suivre, de mieux bénéficier de ce qui se fait à l'école ». Pas de concurrence contre-productive donc. Je leur raconte comment ça se passe pendant l'appui et eux me racontent comment ça se passe en classe. Echanges d'information utiles à moi et à eux. Valorisation de l'élève. Concentration des forces en vue d'un objectif commun.
Entrer
en contact avec les profs, c'est quelque chose que je fais depuis peu
de temps et pas systématiquement. Je n'ai donc pas beaucoup de recul.
J'ai eu le cas d'élèves dont les profs refusaient qu'ils
amènent....leur cahier ou d'anciennes évaluations chez eux, même
lorsque l'élève leur expliquait pourquoi. Je trouve ça absurde. Si on
cherche à ce que l'élève soit sujet de ses apprentissages, alors on
peut s'attendre à ce qu'il ait le droit de faire ce qu'il veut de ses
propres productions scolaires, non ? Une prof a proposé d'en faire
elle-même des photocopies. Pourquoi pas. L'essentiel pour moi est
d'avoir accès à l'information, ne pas tout devoir retester moi-même,
avoir rapidement une idée de où se situe l'élève. J'utilise ça comme
chablon. Le reste, la dentelle, je le fais moi-même et c'est ce qui me
passionne.