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Réflexions sur la pédagogie et le soutien scolaire. Pour une école citoyenne et solidaire.
| All the world's a stage, And all the men and women merely players, They haver their exits and their entrances; And one man in his time plays many parts. W. Sh. |
Ardu mais passionnant.
Stella Baruk y démontre qu'il est insensé de penser que les résultats scolaires en mathématiques puissent être une mesure « directe » des capacités intellectuelles d'une personne.
« Le soupçon porté sur une intelligence est cela même qui la met en danger, et, encore une fois, singulièrement en mathématiques ».(p. 19)
Un pavé. Je ne suis pas arrivée au bout mais c'était quand même très instructif.
Résultats détaillés d'une vaste étude de terrain + critique de la manière dont Bourdieu a rendu compte de ses résultats dans La Distinction. Comme dans La revanche scolaire (Bergier & Francequin, 2005), le propos s'appuie à la fois sur une analyse de données statistiques et sur des données qualitatives (extraits d'entretiens). Je vous le conseille vivement.
Vraiment bien. Philippe Perrenoud est un sociologue suisse qui travaille à l'Université de Genève (faculté de psychologie et des sciences de l'éducation. Il fait partie du Laboratoire de recherche Innovation Formation Education (LIFE) .Il a écrit de très nombreux ouvrages, dont le célèbre : Métier d'élève et sens du travail scolaire (1994)- vraiment bien aussi. Ses thèmes de recherche principaux :
Ce qui m'a vraiment intéressé, dans « La pédagogie à l'école des différences », c'est toute la partie du livre où il parle du changement, surtout les chapitres 6 (Cycles pédagogiques et projets d'école : facile à dire !) et 7 (Perpectives : contre la pensée magique !).
A titre personnel, ce sont ces quelques lignes , sur « changer le rapport au changement », qui me touchent profondément. :
« Si la médecine s'attaquait au cancer ou au virus du sida comme l'école s'attaque à l'échec scolaire, on peut être sûr que nous n'aurions pas avancé d'un pouce en cinquante ans. La pensée des pédagogues manque terriblement de patience et d'humilité. Vouloir agir seul, vite, par une seule entrée, c'est se condamner à ne pas agir. La lutter contre l'échec scolaire ne peut être que systémique, collective, organisée à large échelle et poursuivie sur des décennies. Chaque ministre, chaque chercheur, chaque mouvement pédagogique qui croit détenir LA solution retardent le mouvement. Ils renforcent la pensée magique, l'illusion qu'on a enfin trouvé la pierre philosophale. (....) Notre rapport au changement reste magique, pour tout ou rien, comme si les savoirs, les pratiques, les institutions pouvaient changer par décret ou parce que quelqu'un croit détenir la formule. Nous avons beaucoup de mal à accepter que la raison n'ait aucun effet par elle-même, qu'il faille sans cesse reconstruire des objectifs, des stratégies, des coordinations, des adhésions. »
(Perrenoud, 2005, p.180)
Bye bye donc, l'utopie de LA pédagogie en tant que outil d'émancipation. Mon rêve d'une école solidaire et citoyenne, engendrée par la seule force d'une pédagogie moderne, scientifique, adéquate. Exit les greffes pédagogiques sur corps objet.passif. Oh rage, oh désespoir, et par la même occasion, fin de l'adolescence. Au revoir illusion de toute-puissance, au revoir égocentrisme individualiste, au revoir plaintes mélancoliques, au revoir abîmes, tourments puissants et missions héroïques. Bonjour « stratégies réalistes de changement. »
Pour Perrenoud, un exemple de « stratégie réaliste de changement » (2005, p. 180-181), ce serait, à la suite d'une proposition de Monica Gather Thurler (1993) de :
Amener les enseignants à utiliser les solutions déjà existantes
Avoir le souci de la méthode
Définir le champ de l'innovation aussi largement que possible
Prévoir les conditions de travail (budget, temps, formes de travail, etc. ) nécessaires permettant la réalisations des quatre recettes précédentes.
(Perrenoud, 2005, p.180).
Parfois, on pressent la nécessité d'un changement de paradigme. On tente d'en saisir les contours, on tâtonne. Les concepts familiers, nos caméras de surveillance, ne nous renvoient qu'une réalité morne et mille fois visionnée. Un réalisateur/une réalisatrice, c'est quelqu'un qui choisit un ANGLE DE VUE, un angle de vue sur lequel orienter la caméra, un angle de vue pour ré-interpréter le banal.
Dans le monde scolaire, ce pourrait être :
« poser les problèmes dans leur complexité et les résoudre progressivement, en incorporant à chaque étape des propositions venues d'ailleurs, au moment où l'on peut leur donner du sens et les intégrer. (...) Davantage de ressources d'analyse des problèmes et de régulation des projets. (...) Réflechir sur la diffusion des recherches en éducation et la façon dont les praticiens peuvent se les approprier
(Perrenoud, 2005, p. 181).
Un autre post où je cite Perrenoud : Le soutien scolaire est-il efficace ?

Autre lecture :
Excellent. Comme son titre l'indique, une biographie de William Shakespeare (1564-1616).
Il a été traduit en français sous le titre : Shaspeare. La biographie. <Vous trouverez ici un bon résumé de cet ouvrage.
Il s'agit d'un texte assez long mais que l'on peut néanmoins lire en ligne ici. Je vous le recommande à 100 %. Il fait un état des lieux des connaissances disponibles sur les tendances du marché du soutien scolaire et de ces effets (désirés ou non) sur les élèves et l'école elle-même. On y parle également d'accompagnement scolaire et du travail des bénévoles. Il y est fait référence aux études empiriques de Dominique Glasman et d'autres. L'article se concentre sur la situation française mais parle également de la situation dans les pays du Sud. Bref : good stuff.
Citation :
"Les prestataires de cours particuliers « ont intérêt à tout ce qui accroît la tension et la compétition scolaire ; privatisation, concurrence entre les établissements, dégradation de certains segments du système scolaire » leur permettent d'offrir leurs services pour un investissement limité. Investissement limité, parce qu'un bureau peut suffire pour ouvrir une officine de soutien scolaire si les cours se déroulent au domicile des élèves. La performance d'une telle entreprise repose essentiellement sur deux facteurs : sa dynamique commerciale d'une part (marketing, publicité.), et sa capacité à recruter et fidéliser les professeurs particuliers, d'autre part. Comme on le verra plus loin, ceux-ci sont rarement salariés par l'entreprise : ce sont les familles qui sont leurs employeurs, l'entreprise n'assurant qu'un rôle d'intermédiaire et de gestionnaire entre les deux parties. La difficulté à recruter des professeurs qualifiés est l'un des points faibles des entreprises de soutien scolaire signalé par l'étude du Xerfi."
J'en tire personnellement la conclusion qu'un marché du soutien scolaire étendu est généralement indicateur de la mauvaise santé d'un système scolaire.
PS : Mille excuses à ceux qui ont eu accès à un début de ce texte dans une version brute qui pouvait laisser croire que la citation était de moi. La faute à un ordinateur vraiment vieux qui arrivait pas à gérer cette activité.
| Sainte Trinité bis | La bougeotte : une stratégie d'évitement |
Que dire d'autre ? C'est un livre A LIRE ABSOLUMENT.
Que dire d'autre ? Aucune contradiction entre ce livre et le livre de D. Verba (cf. ci-dessus).
Que dire d'autre ? C'est un de mes gros coups de ![]()
Que dire d'autre ? Une citation : l’institution scolaire est un acteur plein et entier des parcours de ruptures scolaires.
![]() | Chimanmanda Ngozi Adichie (2006) Half of a Yellow Sun. Ed : Harper collins. |

Manuel d'éducation illustré écrit par un thérapeute familial, pour les parents qui souhaitent adopter un style éducatif qui favorise la confiance en soi des enfants tout en leur posant un cadre clair et conséquent. Pas de prêchi-prêcha psychanalytique, des conseils pratiques, repose sur les connaissances actuelles. Centré essentiellement sur la petite enfance. Je l'ai acheté pour mon fils (qui est encore bébé).
Acheté pour mon fils aussi, vu que le 1er m'avait bien plu. Centré plutôt sur les enfants plus grands, notamment les adolescents. Manuel lui aussi centré sur des applications concrètes. A mille lieues des machos qui prétendent que les garçons n'ont pas à débarasser la table ou les hommes à s'impliquer dans l'éducation de leurs enfants. Je suis en train de le lire, je l'apprécie beaucoup.


Comme
le laisse présager son titre, un ouvrage technique et scientifique.
Répond essentiellement à la question : qu'est que la neuropsychologie
peut nous apprendre du pourquoi et du comment des troubles du calcul ?
En empruntant ce livre, j'avais espéré trouver des idées pour des
remédiations mathématiques, ce qui n'est pas vraiment le cas ici.
J'ai néanmoins appris des choses utiles - comme par exemple que la recherche et le nombre d'ouvrages édités sur la dyscalculie est beaucoup plus restreint que ceux existant sur la dyslexie – ou que, contrairement à ce que croyait Piaget, la compréhension des mathématiques n'est pas la conséquence d'un développement linéaire mais plutôt de compétences disjointes qui peuvent éventuellement se compenser en cas d'incapacité à acquérir l'une d'elle (plutôt une bonne nouvelle dans l'optique de la remédiation).
Le livre contient par ailleurs la présentation d'un test neurocognitif d'évaluation de l'apprentissage du nombre et du calcul (p. 195-200) ainsi que celle de l'ECPN (épreuves conceptuelles de résolution des problèmes numériques)(p. 338-344), épreuves conçues pour évaluer comment l'enfant constate, compare et crée des écarts etc. Très efficaces pour évaluer précisément où se situent les difficultés d'un enfant vis-à-vis des mathématiques élémentaires. JE PRENDS, ça c'est sûr !
Le dernier chapitre, intitulé « Le diagnostic, et après ? Remédiations et prises en charge », a également retenu mon attention. Claire Meljac dresse le constat de l'insuffisance des remédiations en mathémathique : une « désorganisation générale du paysage », sans pratique ni doctrine constituée, sans praticien spécifique officiellement reconnu par des diplômes autonomes, le règne des « bricolages », certes parfois inspirés, mais « sans assises scientifiques universellement admises ». Voilà qui est fâcheux. Sa conséquence : «le constat de trouble une fois effectué, l'enfant en difficulté, comme sa famille, sont le plus souvent abandonnés à eux-mêmes avec, pour tout viatique, des conseils d'ordre général qui ne sauraient en aucun cas suffire. La situation a d'autant moins de chances d'évoluer rapidement que, faute d'information, les demandes des parents et les plaintes des « apprenants » demeurent extrêmement vagues, que les troubles du calcul deviennent, en perdurant, assez peu amendables et qu'aucune intervention spécialisée – (..) n'est véritablement prévue dans l'organisation de l'éducation ou de la santé »(p. 347).
L'auteure
passe cependant en revue les quelques offres de rémédiation existante,
ce qui est évidemment très utile pour de futures recherches
bibliographiques.
"Si j'ai été capable de voir plus loin, c'était seulement parce que je me tenais sur les épaules de géants." (Isaac Newton)